canette14-2006

 

Je suis allée voir les oeuvres d’Alexandre Légerdans son atelier, il y a quelques semaines et suis sortie de cette visite à la fois touchée, joyeuse et enthousiaste.
Le temps est passé et je me réjouis, en écrivant cet article, de retrouver les sensations que j’avais alors éprouvées. Ainsi devant ces escalators fantasmagoriques qui relèvent de la cascade argentée autant que d’un palais des glaces de fête foraine; ils réveillent une fascination et un effroi enfantins devant ces grosses machines vouées à un mouvement perpétuel.
La plupart des dessins sont exécutés sur un papier de couleur kraft, au format plutôt petit. Malgré leur simplicité première, ils dégagent une chaleur humaine et une véritable fragilité, comme si l’artiste traduisait, par leur intermédiaire, le rapport incertain qu’il entretient avec le monde, fait de peurs très anciennes et d’attachements affectifs profonds.

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Alexandre_Leger_canette3

Le dessin est très précis et, en même temps, légèrement et volontairement maladroit: autour de chaque objet dessiné, comme autour de ces cannettes de Coca récoltées à travers le monde, il y a une présence humaine invisible, anonyme et oubliée, mais qui imprime durablement sa marque.
Alexandre Léger décrit le monde objectif sur lequel notre regard glisse — et glisse tellement vite qu’il y accroche, au passage, sans s’en rendre compte, ses rêveries et ses projections mentales. Par exemple, avec ces logos des chaînes de télévision, qui viennent danser en équations sur une page.

Alexandre_Leger_equation_tv

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Cette boîte de médicaments contre les maux de tête surgit sous nos yeux avec ses bandes de couleurs vives, qu’on se met à fixer comme on peut le faire quand on souffre de migraine: involontairement et douloureusement. La présence de cet objet sous notre regard est insistante, presque agressive — pourtant c’est un objet familier, et c’est lui qui va soulager notre douleur.
La plupart des dessins d’Alexandre Léger sont ainsi: ils agrippent la surface de notre univers familier, si proche et si lointain à la fois, et nous la retransmettent, discrètement marquée de nos affects et de nos émotions.

Les images sont la propriété de l’artiste, dont le site est ici.

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