Brankica Zilovic crée des cartes du monde. Ce ne sont pas des cartes réalistes. On y reconnaît des pays, des continents, mais, agencés d’une manière flottante, ils créent un sentiment de reconnaissance, sans permettre aucune certitude. Pour faire ces cartes, elle utilise un support de tissu, parfois du ciment qui prend l’allure de stèles, ou encore des livres qu’elle métamorphose. C’est sur ce matériau, toujours dense, qu’elle coud son dessin. Le point qu’elle utilise est le point de suture. L’idée de réparer traverse donc son travail. Réparer non seulement un monde en guerre (en particulier la Serbie, où elle a grandi) mais aussi ses propres continents intérieurs.

Parfois destinées à être installées au sol, ses œuvres se déploient en banquises ou en coulées à l’exubérance baroque. Souvent elles se présentent comme des tableaux. La couture y est parfois si dense que le continent qui s’y développe ressemble à des polders en expansion voire à une nouvelle Pangée. Des fils s’en écoulent en ruissellements colorés. On pense, en les voyant, à La Dentellière, de Vermeer, où, au premier plan, des fils s’échappent du coussin en filaments de peinture pure. Ici, le geste de coudre, dans ce qu’il offre de persévérance et de patience, instille la vie au sein de ce qui se désagrège. Il s’inscrit dans la durée, comme un antidote au travail destructeur du temps. C’est peut-être ce qui explique le succès de ces artistes qui, à l’instar de Brankica Zilovic, révèlent la vitalité très actuelle du fil.

Partager :

Laisser un commentaire

Solve : *
12 − 3 =