Je me suis rendue à l’exposition récente de Chiharu Shiota un peu à reculon. J’avais déjà vu certaines de ses oeuvres: ses objets (robes de mariée, jouets, souliers d’enfant, …) emprisonnés dans un cube tissé d’épais fils noirs. Je redoutais les sensations morbides que ces travaux m’inspirent: objets comme perdus tout au fond de notre mémoire, et qui réapparaissent confusément à la surface de nos souvenirs, enveloppés de peurs et de mélancolie. C’est comme si le froid et la poussière s’étaient substitué la matière des choses.

 

En traversant la rue Beaubourg en direction de l’annexe de la galerie Templon, j’ai aperçu, à travers la porte vitrée, une immense toile d’araignée tissée selon des densités différentes. L’artiste a tendu dans une partie de la salle ces fils noirs qui, ici, emprisonnent deux ampoules ) dont la lumière parvient à traverser le réseau.

Spontanément, lorsque je suis entrée, je me suis approchée face à cet immense tissage et j’ai regardé comme un spectacle désespéré, ces ampoules qui diffusent leur lumière avec peine:

shiota-infinity-detail

J’ai eu l’impression d’avoir déjà vu ce genre de spectacle, assez facilement interprétable, et me suis retournée pour partir.

C’est alors que tout a changé.

Je ne m’étais pas préparée à changer de point de vue, et donc de sensations. Je me suis en effet retrouvée dos à l’oeuvre, et comme protégée par les fils qui s’avançaient sur les murs. J’étais comme un enfant qui trouve un coin qui lui convient, et où il s’installe pour jouer et observer.

shiota-infinity-vue-2

Là, j’avais trouvé, sans le chercher, ma manière de m’installer dans l’oeuvre.

Je me suis alors rendu compte que regarder une oeuvre de manière simplement frontale pouvait anesthésier mes sensations, ou alors les fabriquer, en fonction des interprétations que je tire de ce que j’observe. En trouvant ma place particulière à côté de cette installation, je me suis retrouvée dans un flux de sensations agréables: peut-être celle d’avoir moi-même fini de traverser quelques pans de passé, et de me retrouver à l’aise sur la terre ferme.

 

(Images: exposition Infinity, 2011. Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris, et l’artiste. Photo : B.Huet/Tutti. Cliquer sur les images pour les agrandir.)

 

Partager :

Laisser un commentaire

Solve : *
22 − 21 =