Christine Crozat, Dans les Champs n°1, 2017. Graphite sur papier, 72 x 113 cm. Courtesy Christine Crozat et galerie Eric Mouchet, Paris.

L’exposition actuelle des œuvres de Christine Crozat, “Se Rencontrer”, à la galerie Eric Mouchet (jusqu’au 15 juillet) offre une vue large de son travail, en faisant la part belle au dessin. Cette exposition comprend en effet plusieurs séries récentes, que traversent, en particulier, les thématiques du temps, de l’effacement et de la persistance.

L’inscription dans la durée et la patience de l’instant se traduisent par ce dessin de grand format, Dans les champs, réalisé au graphite. Chaque brin de végétation est exécuté en réserve et pris dans un ensemble en mouvement : par son geste, l’artiste habite le temps, fait corps avec son flux, s’y déploie.

La silhouette de fleur qui se dégage seule d’un champ noir longuement épaissi au trait, dans L’autoportrait à la fleur fragileapparaît, quant à elle, comme l’essence même de ce qui reste lorsque le temps a fait son œuvre : une persistance rétinienne, à la fois éblouissante  et impalpable.

Christine Crozat, Paysage n°13, 2017. Aquarelle et papiers découpés, 65 x 50 cm. Courtesy Christine Crozat et galerie Eric Mouchet, Paris.

On découvre aussi la série faite de papiers calques superposés : chacun présente sa propre découpe, qui ne coïncide pas exactement avec celle du papier d’en dessous. A la fin, émerge une couleur de fond : ce souvenir qu’il s’agit d’atteindre, ce quelque chose qui échappe, à l’instar de ces morceaux de paysages vus à travers la vitre du TGV et qui se désintègrent aussitôt (silhouette fugace d’un arbre, d’un nuage). Le souvenir est absent mais ces découpages le désignent et le circonscrivent, lui offrant une existence en creux. Il est également question de la perte, avec la série Hommage à ceux qui ont perdu leurs jambes (réalisée à partir de la rencontre avec des personnes ayant perdu un membre de leur corps). L’artiste fait revivre ces jambes en négatif, en révélant leur silhouette dans un parterre de végétations et de mousses réparatrices.

Christine Crozat, Hommage à ceux qui ont perdu leurs jambes, 2015. Technique mixte, 75 x 60 cm. Courtesy Christine Crozat et galerie Eric Mouchet, Paris.

L’exposition est aussi l’occasion d’une rencontre avec l’ensemble singulier des sculptures en forme de chaussures : toute une collection de chaussures à taille réelle (celle de l’artiste) mais immettables — car trop étroites pour un pied humain, ou pleines, ou réalisées en un matériau qui ne supporte pas qu’on les enfile. Ainsi placées les unes à côté des autres, chaque paire, faite d’une matière spéciale (cire, verre, cristal, résine) semble, à l’instar des souliers des contes, posséder une propriété qui garantirait une interaction singulière avec le monde. Elles évoquent nos échanges sensibles avec la réalité, la façon dont nous nous y inscrivons, les traces que nous allons laisser. Elles sont le fruit de cette rencontre fugace, entre un être et le monde, qu’est la vie.

Christine Crozat, chaussure en pâte de verre. Courtesy Christine Crozat et galerie Eric Mouchet, Paris.

Christine Crozat, chaussure en cristal Lalique et chaussure en cire. Courtesy Christine Crozat et galerie Eric Mouchet, Paris.

 

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