Je disais donc, la dernière fois, que l’important, pour moi, c’est de ressentir une oeuvre, avant toute autre considération. Evidemment, il y a toutes sortes de façons de rentrer dans une oeuvre, en particulier par des connaissances en histoire de l’art, et aussi par des explications: celles d’un guide, celles de l’artiste. On peut aussi considérer les aspects techniques d’une oeuvre. Ou bien encore s’en tenir à une appréciation de goût. Mais ce qui, de manière très personnelle, me fait le plus voyager, ce qui me donne la plus grande sensation d’abondance, et qui fait que je sors d’une expo différente de ce que j’étais avant, c’est de me brancher, avant tout, sur ce que je ressens. (Ce qui ne veut pas dire que je n’irai pas, ensuite, chercher des explications, des éclairages historiques, des détails techniques, etc.)
Qu’est-ce que le ressenti? C’est tout simple, en fait. C’est de se rendre compte si, devant une oeuvre, on éprouve joie, tristesse, angoisse, plénitude, jubilation, pesanteur, morbidité, légèreté, douceur, dynamisme, etc. Cela paraît très simple, trop peut-être? Pourtant, quand on en fait l’expérience, on se rend compte que ce n’est pas évident du tout.
Il n’est pas si aisé d’avoir directement accès à son ressenti.
C’est plus facile avec la musique, qui nous transmet plus directement joie ou tristesse, ou même encore avec l’odorat, qui vient immédiatement nous plonger dans un état agréable ou désagréable. En revanche, dès qu’il s’agit du sens visuel, l’intellect et le jugement ne sont jamais bien loin, et il viennent généralement en hâte s’interposer, sans gêne, entre notre regard et l’oeuvre. Une seule fois dans ma vie, j’ai vu une personne pleurer dans une exposition: c’était devant du Francis Bacon. Je ne sais pas si vous avez déjà assisté à ce genre de scène? Dans un musée, dans une exposition, c’est très rare.
Comment faire pour mettre  l’intellect de côté, le temps d’avoir accès à ses sensations intimes? Je crois que la première clé, c’est de se demander non pas: “Quel sentiment l’oeuvre exprime-t-elle?” (parce qu’alors, c’est l’intellect qui vient tout de suite raconter son blabla, avec moult preuves à l’appui), mais “Comment, moi, je me sens?” Bien? mal? transporté? oppressé? La sensation est presque physique, en fait. Et quand on se rend précisément compte de ce qu’on sent, soi-même, dans son corps, alors le déclic se fait dans la serrure. Pour certaines personnes, ce n’est pas très difficile de se prêter à ce genre de jeux, pour d’autres, qui n’ont pas l’habitude de s’écouter, ce peut être compliqué. Ce peut être aussi déstabilisant, car on remue alors ses émotions intimes.
Vous voulez tester? Je serais curieuse d’avoir vos réactions là-dessus.
Ce n’est encore qu’un petit bout de cette vaste question. C’est une des principales raisons pour lesquelles je propose des visites d’atelier: la rencontre avec l’artiste, le fait d’entrer de plain-pied dans son univers facile l’accès au ressenti. Et l’idée me vient de proposer comme des cours, par tous petits groupes, en musée par exemple, où, devant une oeuvre, l’on pourrait travailler ensemble sur ce qu’on ressent. Ça vous dirait?

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Cet article a 2 commentaires

  1. Ma dernière exp, Hopper, je me suis entie bien tout de suite, transportée, malgré le monde j’étais chez moi, chaque chose faisait écho, m’apaiser, et un des tableaux m’a particulièrement touché, je n’en connais pas l’histoire mais il décrivait une part de moi même dans ces lumières, ces couleurs

  2. Tout à fait d’accord ;d’abord et surtout ” ressentir ” le plus longtemps possible l’oeuvre puis ensuite réfléchir pour plagier René Huyghe . Pouvoir s’immerger dans l’oeuvre. Effectivement ce n’est pas toujours évident surtout dans l’art contemporain ,j’adopte souvent pour la peinture une solution qui pour certain est un peu farfelu ; mettre des boules ” kies ” , essayez c’est “impressionnant d’émotion ” pour ne plus entendre les papotages , les bruits de talon , mais vous aller rentrer plus facilement et pleinement en contact dans le monde de “l’art et l’âme ” des oeuvres décrite par R.H.

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