Se trouver dans l’atelier d’un artiste est un moment privilégié, riche et inspirant. Les “Entretiens en atelier” sont une nouvelle rubrique pour laquelle des artistes ont gentiment accepté de me livrer quelques secrets d’ateliers. Aujourd’hui c’est Olivier Masmonteil qui se prête au jeu.

Cela ne fait pas tout-à-fait dix ans qu’Olivier Masmonteil nous emmène dans sa passion pour la peinture, au fil d’oeuvres dans lesquelles se rencontrent l’histoire de la peinture et ses préoccupations propres. L’année 2014 est riche en événements pour l’artiste, le premier de la série étant une exposition personnelle à la galerie Dukan, à Paris, au mois de mars.

Nom  Masmonteil

Prénom  Olivier

Date et lieu de naissance   23/09/1973, à Romilly-sur-Seine

Vit et travaille à  Paris

adresses
site de l’artiste
galerie Dukan
galerie André Simoens 

 

Les œuvres 

Peux-tu en quelques mots décrire l’apparence de tes œuvres?

Mes tableaux sont des taches de peintures organisée d’une certaine manière à la surface de la toile.

Quel en est le sujet ?

Le sujet en est la peinture

Et la technique ?

La technique est celle de la peinture à l’huile: gras sur maigre, clair sur sombre et opaque sur transparent.

 

 

La genèse

D’où t’est venue l’envie d’être artiste ?

L’envie d’être artiste est venue naturellement. Enfant, j’adorais le dessin, la peinture ; puis, adolescent, ce fut le bande dessinée puis à nouveau le dessin, et enfin la peinture qui, depuis, ne ma jamais quitté.

Qu’est-ce qui fait que tu as choisi ce(s) sujet(s) ?

Mes sujets viennent à la fois de mon amour de la peinture et de l’envie de la posséder, de me l’approprier.

Et ce médium ?

Le medium procède du même principe : pour m’approprier la peinture, j’utilise ses outils propres.

Peux-tu raconter ton parcours dans le milieu artistique ?

Mon parcours débute en 1990, quand je rencontre Jacques Gabriel Chevalier, à Brive, où il dirige une académie des beaux-arts. Il me fait découvrir la peinture et le dessin, et me donne un apprentissage classique : copie de plâtres, copie de tableaux, étude documentaire, cours d’histoire de l’art, d’anatomie. En 1994 je rentre aux Beaux-arts de Bordeaux, ou j’expérimente d’autres supports plus contemporains — mais, finalement, la peinture reste, malgré un environnement qui la conteste.

Après mon diplôme, je rencontre Gérard Garouste qui m’accueille à la Source où je vais rester trois ans. Parallèlement, Suzanne Tarasiève présente mon travail dans sa nouvelle galerie, rue du Chevaleret, à Paris. Ensuite, je partirai travailler deux ans à Leipzig.

 

La création

Comment organises-tu ta journée d’artiste ? quel est ton rythme de travail ?

Une journée idéale d’atelier débute généralement à 7h30. Je peins ou dessine jusqu’à 11h30, puis je vais à la piscine, nager 45 minutes. Je retrouve généralement Duncan Wylie, mon voisin d’atelier, pour le déjeuner. Il arrive assez souvent que je fasse ensuite une sieste, et je reprends la peinture à 14h, jusqu’à 20h.
Je travail ainsi du lundi au vendredi, et le samedi après-midi.
En règle générale, je travaille sur de longues campagnes de peinture de plusieurs mois. Lorsque je dois m’arrêter, c’est généralement pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois (par exemple, avec les deux tours du monde que j’ai effectués en 2008-2009 et 2011-2012).

Quels sont tes « trucs » lorsque les idées ne viennent pas ? où vas-tu chercher l’inspiration ?

Lorsque l’inspiration ne vient pas, je vais au Louvre où je tente de faire une copie de tableaux — ce qui, en quelque sorte, revient au même que mon travail habituel.

A quoi ressemble ton atelier ? Y passes-tu tout ton temps ?

Mon atelier est un bel espace de 80 m2, au troisième étage d’un bâtiment qui donne sur Saint-Ouen et, au loin, sur les tours de la Défense. J’y passe la plupart de mon temps : c’est un endroit privilégié où je me sens maître en mon royaume.

Qu’est-ce qui fait que chaque matin tu trouves la motivation de te mettre au travail ?

Chaque matin je rentre dans l’atelier avec l’envie de faire un nouveau tableau et qu’il me fascine. Il y a chaque matin l’ambition du chef d’œuvre.

 

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Le privé 

Echanges-tu souvent avec d’autres artistes ? Que vas-tu chercher dans ces échanges ?

J’échange beaucoup avec les artistes de ma génération, Duncan Wylie, je l’ai déjà dis, mais aussi Grégory Forstner, Julien Beneyton, Clément Bagot, Claire Tabouret, Anne Laure Sacriste et beaucoup d’autres, rencontrés au cours d’expositions de groupe.

As-tu une passion secrète ?

Ma passion (pas si secrète) est la pêche à la mouche (pour info, je réponds à ce questionnaire depuis mon camper van, au fin fond de la Nouvelle Zélande, où ma journée s’est déroulée au bord de l’eau).
Pour moi, cette activité est totalement reliée à ma pratique artistique. Le peintre et le pêcheur sont deux amoureux des surfaces ambiguës : la toile et l’eau. Tout au long de mon cheminement autour de ces deux pratiques, j’ai pu, de nombreuse fois, m’apercevoir de leurs imbrications.

En plus de ton travail artistique, exerces-tu une autre activité professionnelle ? 

J’interviens bénévolement à la Source auprès d’enfants en difficulté. C’est une activité qui participe à mon équilibre et qui me permet de m’échapper de l’univers solitaire de l’atelier pour, d’une certaine manière, me socialiser. Par ailleurs, les enfants ont une approche beaucoup plus pure de la peinture et cela m’apporte de la fraîcheur.

Comment conciles-tu ta vie privée et ton travail d’artiste ?

J’essaye du mieux possible de concilier ma vie personnelle et ma vie professionnelle. Une des grandes difficultés tient surtout à ne pas se laisser envahir par son désir. Car une fois passée la porte de l’atelier, le temps n’est plus le même et les enjeux du quotidien n’ont plus court. C’est très grisant, mais cela peut devenir destructeur.

 

Les références

Quelles sont les références artistiques qui ressortent dans ton travail ? (anciennes ou récentes). Comment te nourrissent-elles ton travail ?

Mes références artistiques sont nombreuses et évoluent avec le temps, mais elles concernent essentiellement la création (peinture, cinéma, musique, danse et gastronomie).
Derrière chacune de ces pratiques se cachent des artistes que j’admire : Le Titien, Courbet, Rebeyrolles, Michaël Borremans, Terence Malick, Xavier Dolan, Dominique A, Pina Bausch , Michel Bras, Jean-François Piège.
Je pense que nous appartenons tous à une même famille et que les transcendances des uns inspirent les autres.

Quels sont les artistes d’aujourd’hui que tu considères comme importants (même s’ils sont éloignés de ton travail) ?

Aujourd’hui les artistes importants sont, je pense, les cuisiniers.

 

Mon regard …

La première fois que j’ai vu une œuvre d’Olivier Masmonteil, c’était il y a plusieurs années, dans une revue d’art : j’ai tout de suite été frappée par cette peinture dans laquelle je décelais une quête du beau, une quête du plaisir de peindre, et une envie de transmettre du plaisir par la peinture, qui me semblait rare, dans l’art, à ce moment là. Cette quête, jamais assouvie,  guide l’évolution de l’artiste dans la peinture. et fait que je regarde son travail avec toujours la même joie renouvelée. 

Légendes des images

Vue d’atelier, 2013
Vanité 7, 2013, huile sur toile, 74 x 63 cm.
Courtesy de l’artiste et galerie Dukan, Paris; crédits photos Hugo Miserey. 

 

 

 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Merci Anne, pour cette découverte “autrement” d’Olivier et de son travail. Passionnant ((-;

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