De retour de Lyon.

Ceux qui suivent ce blog savent que je défends une certaine ligne esthétique — les oeuvres qui se laissent sentir, éprouver, contempler, celles qui provoquent les sens et les émotions autant que la pensée — et que je reste très hermétique à d’autres expériences — les oeuvres qui prétendent s’adresser à l’intellect et à lui seul, et qui, finalement, n’arrêtent le visiteur que parce que, étant dans un lieu d’art, ce même visiteur se sent obligé de faire un effort.

On le comprendra, les oeuvres présentées à la Biennale de Lyon cette année, souvent drapées dans un discours socio-politique, ne sont pas spécialement ma tasse de thé.
Certaines, en effet, sont la trace d’expérimentations et de réflexions qui ont sans doute passionné leurs auteurs mais qui ne laissent pas beaucoup de saveur dans la bouche pour ceux qui viennent ensuite — à mon goût, en tout cas!
Par exemple, “Merci pour l’ajout” est le résultat (sous forme de fiches consultables) d’une étude menée par l’Ecole du Magasin (école de commissaires d’exposition) sur les réseaux sociaux. Ou bien encore le “projet” du collectif “Toralab”, destiné à transformer la ville de Lyon en think tank — projet qui est probablement intéressant en soi mais qui, demeurant au stade de projet, me laisse froide lorsque je me promène dans une Biennale).

Mais je serais injuste si je disais que, même drapées dans un discours socio-politique, certaines oeuvres ne m’avaient pas marquée (comme la vidéo de Robert Milin, “Veni, veni, veni”, où l’on voit des éleveurs du Quercy prononcer face à la caméra les paroles prononcées pour conduire leur troupeau!).

Dans mon précédent billet, je citais les intentions de Hou Hanrou, le commissaire de la Biennale. Il faut reconnaître qu’il se montre fidèle à son propos en réalisant une exposition qui, à quelques exceptions près (et non des moindres, comme les camionnette renversées de Barry McGee) est éloignée du spectaculaire.
Eh bien, justement, j’ai découvert un plaisir (quasiment) nouveau pour moi, celui de me promener dans une exposition qui me donne un sensation de “presque rien”, c’est-à-dire une exposition où, sans me laisser submerger, je me sens effleurée de façon sporadique par des sensations et des images, et où je musarde plus que je contemple.
C’est agréable parce que c’est comme une promenade sans but, où on peut se laisser surprendre.

Ainsi la salle consacrée à l’artiste anglais Ian Kiaer:


Sans doute parce que l’accrochage de cette salle est réussi, j’en ai apprécié l’apparence réellement hermétique, proche du néant visuel mais qui, justement, offre au regard ses bribes énigmatiques sans qu’on ait besoin de chercher à les déchiffrer.
On y ressent juste l’existence du presque rien.

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