Article écrit pour la revue artpress, 2008

 

La céramique connaît un visible regain d’intérêt : on voit ici et là fleurir des expositions qui la mettent en scène. Cela est dû, peut-être, au fait qu’elle permet un rendu dans lequel le travail de la main est sensible, ce qui la distingue des sculptures lisses issues d’un style Pop ou Manga, ou léchées comme un objet de design ­ tendances qui tiennent tout de même encore le haut du pavé.

La céramique a aussi pour avantage de donner souvent lieu à une esthétique fort attirante, qui mêle maniérisme et raffinement, d’une part, rococo et débordements organiques, de l’autre.

Les œuvres d’Elsa Sahal appartiennent assurément à cette mouvance.

Il s’agit de sculptures colorées aux formes ambiguës. Si les connotations sexuelles, organiques, voire scatologiques y sont évidentes, on y perçoit aussi des allusions minérales et végétales.

L’une des références premières est celle des grottes italiennes du XVIe siècle, dans lesquelles la nature apparaît comme un processus de transformation permanent, en constant déséquilibre entre deux règnes. Il faudrait d’ailleurs s’interroger sur la récurrence de cette filiation chez nombre de jeunes artistes, dont les oeuvres aiment à se présenter comme un flux créatif continu. La céramique l’exprime particulièrement bien, car elle donne libre cours aux excroissances et aux formes qui n’en finissent pas de se métamorphoser.

Les sculptures d’Elsa Sahal sont d’ailleurs fécondes en interprétations multiples, puisque sous leurs concrétions, on distingue aussi des silhouettes anthropomorphes. Les œuvres répondent ainsi à une fascination pour un vision analogique et décloisonnée de la réalité, relevant elle aussi de savoirs archaïques, selon laquelle toute forme en contient une autre.

Elles se tiennent également dans la filiation de préoccupations propres aux années 1940 et 1950, qui favorisent la conception d’une matière autant guidée par la main que maîtresse du jeu. Bachelard parlait ainsi, en 1947, du « poète à la main pétrissante, travaill[ant] doucement cette matière de l’élasticité paresseuse jusqu’au moment où il y découvre cette activité extraordinaire de fine liaison, cette joie tout intime des petits fils de matière ».

Les céramiques d’Elsa Sahal offrent en effet la satisfaction visuelle et tactile d’œuvres précieuses, aux teintes raffinées, et qui, non sans humour, allient une apparente mollesse à une rigidité réelle, la soumission aux lois de la gravité à l’élégance de leur fini émaillé.

 

Anne Malherbe

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