Texte de présentation de l’exposition des peintures de Jean-Philippe Brunaud et des photographies d’Emmanuelle Blanc, à l’atelier Studio Noto (Le Pré Saint-Gervais), 15 avril – 18 mai 2021. 

Le temps d’une exposition, Emmanuelle Blanc et Jean-Philippe Brunaud entrecroisent leurs travaux. Même s’ils œuvrent chacun de son côté, leurs démarches se rapprochent, se frottent sans jamais totalement coïncider.

Issues de plusieurs séries, les photographies présentées par Emmanuelle Blanc couvrent dix années de travail tout au long desquelles l’artiste, à travers différents sites naturels, cherche ces présences humaines qui peinent à résister à l’immensité de la nature. Jean-Philippe Brunaud, de son côté, présente de petits paysages peints durant ces deux dernières années, paysages au sein desquels l’humain a déposé une trace, souvent infime ou énigmatique.

Jean-Philippe Brunaud, At the end, 2020, huile sur toile, 75 x 75 cm

Les photographies d’Emmanuelle Blanc sont nées de projets au long cours. Elles provoquent ainsi la sensation d’une traversée du temps, autant que celle d’un territoire. Arpenter ces lieux qui préexistent à l’homme (montagnes, forêts), c’est accepter la lenteur de la progression, la communion avec ces espaces qui engendre la prise de vue, l’attente de la rencontre avec ces marques humaines souvent à la limite de l’engloutissement (refuges, remontées mécaniques, etc.).

Comme dans un mouvement inverse, les paysages de Jean-Philippe Brunaud semblent avoir été délaissés. Quelque chose y a été déposé, de l’ordre du témoignage : ligne fine dessinée par une route, forme tubulaire, pylône, témoins d’une présence humaine avant que celle-ci ne déserte les lieux. Les couleurs amorties nous situent dans un après, dans la possibilité que le passage de l’homme sur Terre ait être oublié. Dans ces peintures où le drame s’exprime par un ciel chargé et une végétation épaisse, il faut à tout prix, semble-t-il, retenir l’inscription humaine.

Les travaux des deux artistes relèvent d’une forme de Romantisme. La première, parce que les photographies nous plongent dans un état méditatif tel qu’on pourrait l’expérimenter devant un Rothko ou un paysage marin de Sugimoto ; parce que l’espace nous absorbe, parce que le cadrage des images, avec ses effets de léger déséquilibre, nous fait basculer dans le vertige de la nature. Chez Jean-Philippe Brunaud, ce sont ces paysages calmement ordonnés mais où les masses de couleur vibrent d’une brutalité sourde, comme si soudain allait apparaître une scène étrange, à la Peter Doig.

Emmanuelle Blanc, Fluctuations 5, Les Diablerets, 2020. Photographie, tirage argentique.

Dans les deux cas, conviant la notion de sublime, les œuvres nous impressionnent autant qu’elles nous invitent.  Chez Jean-Philippe Brunaud, nous entendons le grondement lointain d’un renouveau à travers un trait de couleur, une branche phosphorescente, un mouvement flou des feuillages. Chez Emmanuelle Blanc, nous nous glissons avec précaution dans les creux infinis du temps que traduisent les anfractuosités des rochers, la brume, la précision mélancolique des reflets.

Côte à côte, ces paysages peints ou photographiés offrent à nos regards leurs surprenantes ressemblances, comme si leurs similitudes étaient une façon de redoubler cette ligne de frontière qu’ils dessinent devant nous. Face à eux, nous avons la sensation de nous tenir sur un seuil. Or, si nous pouvons entrer, c’est justement grâce à la rencontre entre les œuvres, chacune offrant ses propres clés. À la frontalité de l’une répondent les perspectives de l’autre, à la verticalité, l’horizontalité, à la densité, la transparence. C’est un jeu où la porte tantôt s’ouvre tantôt se ferme. A nous de saisir l’instant propice.

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