Article paru dans la revue artpress, n°352

 

À l’initiative de Christophe Beaux, son président, la Monnaie de Paris accueille désormais des expositions d’art contemporain. Henri Foucault, à l’occasion du Mois de la photographie, est le premier à en bénéficier. Lors de la dernière Nuit Blanche, déjà, une vidéo de l’artiste se projetait sur la façade de l’Hôtel des Monnaies. Cette fois, c’est tout un ensemble d’œuvres qui est montré dans l’enfilade des salons néo-classiques.

La pièce maîtresse est Sosein, créée en 2005 pour l’exposition d’Henri Foucault au Palazzo Fortuny à Venise. Il s’agit d’un ensemble de panneaux où, sur fond noir, s’élèvent des silhouettes humaines grandeur nature. La technique est celle du photogramme : les modèles s’allongent sur une feuille sensible qui, éclairée, reçoit leur empreinte. L’artiste ensuite perce l’image de trous à l’aide d’un emboutissoir et dématérialise encore davantage les corps en leur superposant l’empreinte d’une grille soumise elle aussi à la technique du photogramme. Si le processus de création des œuvres exige, de la part des modèles, une posture horizontale, le résultat montre des corps transfigurés, luminescents, en pleine ascension.

Henri Foucault utilise la photographie et ses variantes. Pourtant, par la façon dont il la traite aussi bien que par ses travaux antérieurs, il est essentiellement sculpteur. Il ne laisse en effet de faire subir à son objet initial une succession de transformations, jusqu’à la métamorphose complète de la matière première. A l’empreinte photographique succède par exemple, dans certaines œuvres, l’implantation d’épingles argentées à tête ronde. Les corps sont ainsi remodelés et enveloppés d’un moirage nouveau.

Si l’artiste revendique un lignage, ce sera en particulier celui de Fox Talbot. Les photogrammes de végétaux qu’a réalisés Henri Foucault ne sont pas sans rappeler les « dessins photogéniques » de plantes dus au pionnier de la photographie, passionné aussi de botanique. Tous deux ont une même fascination pour ce qui se tient caché derrière l’enveloppe opaque de la matière.

Les limites et les résistances de cette enveloppe font justement l’objet d’autres travaux d’Henri Foucault. Ainsi la vidéo Thais (2008) où un corps féminin plié en deux tente vainement de se déployer hors du champ imposé par le cadrage de la caméra. Ou bien encore une série de photographies de nus dont on ne voit que le buste et qui, percés de trous, adoucis par un filtre et mis à distance par la présence d’un cadre en plomb, donnent l’impression d’être des fragments de statue de marbre : le procédé, ici, au lieu de l’alléger comme le fait le photogramme, densifie et cristallise la matière.

L’artiste est Pygmalion, alchimiste ou magicien : des photographies de moulages de têtes réalisés au XIXe siècle, par leur seul cadrage et la qualité de leur grain, débarrasse ces têtes des fins anthropologiques et raciales qui les justifiaient jadis, et leur redonnent vie. Elles semblent seulement dormir.

 

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