Texte de présentation écrit pour l’exposition des oeuvres de Karolina Orzelek à la galerie Sabine Bayasli (12 décembre au 30 janvier 2021).

Quand un lieu familier apparaît dans un rêve, on sait sans aucun doute de quel endroit il s’agit. Pourtant, au réveil, on réalise combien son apparence était décalée par rapport à la réalité. Ainsi des paysages de Karolina Orzelek. Ce sont en effet des lieux connus de l’artiste —lieux dont elle a préalablement gardé la trace sous forme de photographies. Mais, une fois peints, ils révèlent toute leur étrangeté. Ce sentiment naît des couleurs électriques (feuillages bleus, troncs roses, ombres vertes). Il y règne aussi une sensation de flottement, comme si nous glissions dans ces sous-bois sans toucher terre. Le pinceau, qui imprime une touche tantôt liquide tantôt floue sur le support de bois, accentue l’impression d’apesanteur. Les feuillages dessinent une dentelle fluide et colorée, découpée en ombres chinoises, derrière laquelle des personnages évoluent à moitié dissimulés. Ici, des canoës oubliés au bord de l’eau soulignent les reflets rouges des arbres, ailleurs, des tables de pique-nique ont été délaissées à la va-vite. Ces lieux sont traversés de personnages qui s’esquivent avant qu’on puisse les apercevoir. Quant à nous, nous sommes enveloppés par ces paysages comme dans les mailles d’un rêve dont on ignore où il nous conduit, tel ce ponton de bois aux lattes multicolores dont l’extrémité se perd dans des fourrés impénétrables.

Karolina Orzelek, 2020. Huile sur bois, 120 x 80 cm. © galerie Sabine Bayasli, Paris.
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