Voici ce qui me touche parfois : les œuvres d’un artiste discret, que l’on voit peu, et que je découvre avec d’autant plus de fraîcheur. Ç’a été le cas lors de ma visite à l’atelier d’Ayako David Kawauchi juste avant qu’elle n’installe son exposition personnelle à Arcueil. Sur les murs s’étalait Sakura, une grande composition entièrement au fusain et à la pierre noire, dont le format devait s’adapter aux dimensions de la galerie municipale Julio Gonzales, et qui, dans l’atelier, enveloppait le visiteur. Plus qu’une composition, ce dessin relève de la tapisserie, façon Bayeux, du cycle médiéval, de la saga.

Ce sont des figures humaines côte-à-côte, recueillies, livrées à elles-mêmes, porteuses d’un secret. Derrière elles,  défilent à la fois l’espace et le temps. Il y a à l’évidence une narration à déchiffrer, indiquée par des symboles personnels, discrets, énigmatiques.
Ces personnages ont quelque chose de gauche et nous regardent depuis un monde légèrement décalé par rapport au nôtre, comme si elles n’étaient pas tout à fait de chair. Ce sont leurs émotions qui les animent presque en transparence, et en font des êtres tout en frémissements et en retenue.

La pierre noire et le fusain font que ces portraits (aussi bien dans Sakura que dans les autres dessins de l’artiste) possèdent à la fois une sombre intensité et de la transparence, un mélange de pesanteur et de grâce. L’émotion afflue derrière la frange des sourcils et s’y concentre, lavant la peau à son passage, la laissant claire et comme illuminée.

L’exposition se termine le 18 avril: renseignements par ici.

Ayako David Kawauchi, Sakura (détail), fusain et pierre noire sur toile, 2015
Vue de l’atelier d’Ayako David Kawauchi, 2015
Vue de l’atelier d’Ayako David Kawauchi, 2015
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Cet article a 1 commentaire

  1. Hadda

    là il y a de l’art parce qu’un univers transparait
    et merci pour le partage de tes émotions

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