Depuis que j’ai découvert Les Gouttes de Dieu, j’attends impatiemment, chaque trimestre, la sortie d’un nouveau tome. Ce manga, véritable encyclopédie d’œnologie, me permet d’être moins ignorante quand le Bourguignon avec qui je vis me fait partager le plaisir et la joie du bon vin.
Mais c’est plus que cela encore : Les Gouttes de Dieu m’ont transmis une manière d’entrer dans l’univers et dans la richesse des sens, dont la dégustation du vin est l’une des portes d’entrée.
Au début de l’histoire, le héros, fils d’un célèbre œnologue, n’a jamais bu de vin. Cependant son père, dès sa plus tendre enfance, le faisait sentir, goûter, voir, écouter … tout ce qui était possible (à l’exception du vin), afin de lui procurer une éducation sensorielle totale — et absolument pas théorique.
Devenu adulte et contraint par les événements (je ne dévoile rien de l’histoire) à se mettre à la dégustation du vin, le héros, totalement ignorant, au départ, en matière d’œnologie, est capable, à partir de la dégustation d’un simple verre, de s’engouffrer dans un univers imaginaire où se mêlent tous les sens — et même où se raconte une histoire — de telle sorte que les caractéristiques du breuvage s’en trouvent finalement parfaitement exprimées.
Outre que je me suis laissée prendre par l’histoire, ce manga éclaire pour moi extraordinairement bien le chemin et la richesse des sens, et jusqu’où ceux-ci peuvent nous conduire.
Le processus de la dégustation, tel qu’il est décrit, est celui-ci: on part de sensations très exactes, très précises et profondément ressenties, qui peu à peu se font écho les unes aux autres, tel un orchestre, et qui mettent en route un mouvement intérieur où les connaissances, les souvenirs, l’imaginaire se nourrissent mutuellement — et pourtant ce n’est pas une fuite hors du monde, mais bien l’expression la plus juste d’un breuvage très réel. A la fin, c’est comme si de nouvelles portes sur le monde s’étaient ouvertes.
L’un des fils directeurs des Gouttes de Dieu, c’est qu’apprendre à cultiver ses sensations nous permet d’entrer profondément dans la connaissance de la vie.
Que ce soit le vin, ou que ce soient les autres arts, ils nous permettent d’exalter, d’approfondir, de cultiver avec plaisir nos sensations, et d’ouvrir ainsi un peu plus notre conscience.

 (cliquer sur l'image pour l'agrandir; lire de droite à gauche; extrait de Les Gouttes de Dieu, tome 25, p. 62, © 2010, Tadashi AGI et Shu OKIMOTO).
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Cet article a 4 commentaires

  1. Merci Anne pour cet article sur les Gouttes de Dieu que j’ai découvert grâce à toi. Je n’avais pas ouvert autant sur tout ce que ce livre apporte mais c’est tout à fait ce que tu décris. Ce que j’ai aussi beaucoup aimé c’est qu’il parle concrètement du vin, dans des termes accessibles. Même si on n’y connait rien, on comprend et cela donne envie d’aller plus loin.
    Bon week end, peut être autour d’une bonne bouteille?!

  2. Merci Anne d’introduire la BD dans un site sur l’art contemporain. J’ai parcouru une partie du XX eme siècle et du début de ce XXI eme siècle en me disant que les artistes n’étaient pas où on les cherchait. J’ai vu des BD qui m’on touché plus profondément dans leur univers graphique que beaucoup d’oeuvres d’artistes contemporains. Et grâce à toi on redécouvre l’art dans le contemporain. Merci

  3. Merci à toi pour ton commentaire! C’est amusant ce que tu me dis sur la BD! car, de mon côté, je n’ai pas vu la BD comme de l’art “ailleurs que là où on le cherche”, mais comme de la littérature “ailleurs que là où on la cherche”! Ce n’est qu’une question de point de départ, bien sûr, et je suis entièrement d’accord avec toi. La BD est une façon extrêmement vivante d’exprimer et de raconter toutes sortes de choses.

  4. Merci pour ton commentaire, Thalie! Oui, c’est génial quand un domaine qui nous est étranger devient tout-à-coup à la fois attirant et accessible! La BD a souvent ce don-là …

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