Texte de présentation pour l’exposition des œuvres d’Isabelle Senly à la chapelle Saint-Julien, au Petit-Quevilly (19 novembre – 21 décembre 2021). 

Quand Isabelle Senly façonne ses Chrysalides, elle donne forme à un monde tout en spirales, replis et translucidités. Au fil des années, animé de poussées et de métamorphoses, ce monde a pris de nouvelles dimensions. Au gré des excroissances, des concrétions et des greffes, les chrysalides sont devenues d’imposants groupes de sculptures baroques, des Nymphoses dont l’état de transformation permanente offre leur énigme aux yeux des spectateurs.

L’artiste œuvre en artisan, maîtrisant chaque étape de la croissance de l’œuvre. D’abord la chair : teinture et traitement du papier imprégné de résine, tissage de fils de coton entrelacé de papier. Puis le squelette : travail de vannerie à base d’osier choisi en fonction de sa souplesse. Enfin, la couture de la chair sur la structure, qui donne naissance à ces œuvres hybrides, entre êtres vivants et objets, nature et artefact.

Isabelle Senly, Chrysalide n°3 (détail), résine, 160 x 75 x 25 cm.
©E. Le Goubey/J. Florsch

Instinctive, la progression laisse une certaine latitude aux hasards du tressage du rotin. Ainsi ces membranes fragiles — tels des exosquelettes en cours de calcification — révèlent-ils des protubérances et des circonvolutions parfois imprévues, comme si l’artiste, en mettant au monde ces organismes délicats, se laissait elle-même surprendre par leur infrangible secret. À travers leur peau translucide, ils révèlent autant qu’ils dissimulent. L’éclairage qu’abritent les dernières créations affine la transparence de leur nacre comme elle rend plus sensibles les zones d’ombres de leurs replis. On dirait des organes que l’artiste aurait extraits de sa propre intériorité et qui auraient prospéré au sol ou sur les murs telles de précieuses tumeurs. Ils se déploient dans l’espace, où ils deviennent vêtements complexes, carapaces, armures aux teintes toujours délicates, à la fonction protectrice. Tout leur paradoxe se tient là : dans leur légèreté de lampions aux couleurs de soirées d’été et leurs irrégularités de joyaux formés dans les profondeurs.

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