Capture d’écran 2016-08-22 à 14.17.05Une chose est certaine, plonger dans les photographies de HOm est une expérience d’une étonnante sensorialité, et le terme « plonger » est choisi à dessein puisqu’il s’agit de s’enfoncer dans une dimension inaccessible à notre perception immédiate. La beauté hors du commun de ces photographies nous sidère comme peuvent le faire des fonds sous-marins, un paysage désertique, une aurore boréale. Nous nous situons simplement là à un niveau où nos sens ne sont plus capables de toucher, de voir ou d’entendre, mais où pourtant nous éprouvons une richesse vibratoire où nos sens sont comblés.

La photographie a toujours montré ce que le regard manque. Qu’il le manque soit par défaut de sensibilité (d’où la photographie humaniste d’un Brassaï qui révèle par exemple la poésie d’un graffiti) soit par aveuglement volontaire (d’où l’hypervisibilité d’un Andreas Gursky qui déploie la vie contemporaine dans ce qu’elle peut avoir de vertigineux), ou bien encore en raison de nos limitations physiques. Mais, justement, quand il est question de limitations physiques, l’art peut avoir tendance à simplement éviter le problème par le biais des photomontages, des temps de pause, des filtres, etc.

Il n’y a rien de tel dans les photographies de HOm : pas d’illusionnisme surréaliste, pas même de volonté de démonstration de quoi que ce soit. Il y a simplement la présence de la photographe et de son appareil au bon moment, et surtout sa disponibilité totale qui, dans un tout autre champ visuel, était celle d’un Henri-Cartier Bresson. Certes il faut croire l’artiste sur parole quand elle évoque l’absence de trucage. Cependant l’évidence de ces photographies dans lesquels les mouvements de la lumière semblent comme jaillis d’une gangue laisse peu de place au doute. Elles ont en effet une fraîcheur qui nous fait renouer avec les tous premiers émois de la photographie, à l’époque où un William Henri Fox Talbot expérimentait le papier sensible. Ce qui paraissait alors magique n’était pas le fait qu’un papier puisse recevoir l’empreinte lumineuse d’un objet mais plutôt l’étonnante qualité de transparence avec laquelle cet objet venait se révéler sur le papier, comme si c’était son âme même qui était restituée par le papier sensible. Talbot parlait alors de « l’inimitable beauté des représentations de la nature que la lentille de verre de la Chambre, dans sa concentration, envoie sur le papier — représentations féériques, créations d’un instant et destinées aussi vite à disparaître. » Alors que la peinture s’est toujours approprié le réel, la photographie, elle, le libère.

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Les photographies de HOm, absolument singulières dans le paysage photographique contemporain, nous donnent ainsi accès à une réalité que la science-fiction n’est pas encore parvenue à épuiser, comme si les codes de l’univers nous apparaissaient soudain dégagés de leur enveloppe charnelle, prêts à réparer en même temps nos codes intérieurs. L’art contemporain est familier de l’idée de l’artiste thaumaturge : Beuys et son expérience chamanique, Sam Francis qui croyait au pouvoir thérapeutique des couleurs, Antoni Tàpies dont la peinture prend sur elle les douleurs mêmes du corps. HOm nous emmène plus loin, à la source même de l’état de plénitude.

Une écriture de lumière (sens premier du mot « photographie ») se déploie pour laquelle il a fallu que l’artiste s’efface et ouvre sa conscience. C’est cet effacement même de l’artiste qui est magistral, dans la mesure où il laisse le champ libre à ces entités qui dansent, s’ébattent, se poursuivent à notre insu. Orgues, harpes, précipitations de lumière, lassos, chevauchées : tout ce qui relève d’un parcours d’ondes et de vibrations, d’un univers qui n’est que mouvement et harmonie, et dont la vue nous répare.

Images: HOm, Ryù et Shadoks in the blue light. © HOm (site). Cliquer sur les images pour les agrandir.

 

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