Voici une oeuvre du peintre Henri Cueco (né en 1929), vue récemment dans une exposition qui lui est consacrée à la galerie Louis Carré (sur le site de la galerie, vous pouvez trouver pas mal d’informations sur l’artiste, ainsi que d’autres œuvres).

– De quoi s’agit-il? D’un ensemble de petites toiles, assemblées les unes avec les autres: le tout fait 57,5 sur 72,5 cm. La technique utilisée est la mine de plomb.

– Le sujet: la campagne qui avoisine les lieux où demeure Henri Cueco (c’est-à-dire la Corrèze). Ici, il est question de sol par temps de sécheresse. (Les autres sujets sont: un tas de feuilles, un chemin herbeux, des haies, des troncs en forêt, un feu, une prairie aux herbes folles, des vaches, etc.)

– L’emploi d’une toile comme support, plutôt que du papier, donne un moelleux particulier à la composition, celui de la terre meuble, des feuillages où l’on s’enfonce.

– L’artiste dessine sur le motif, en contact avec la nature. On sent dans son travail un profond respect de son sujet, une volonté tenace à dire ce qui est, à aller chercher avec le crayon toutes les caractéristiques de ce qu’il a sous les yeux. Le fait de dessiner avec un fin crayon (un outil qui ne permet pas l’à-peu-près) sert ce souci d’honnêteté.

– L’assemblage de toiles:
Au lieu de détailler du regard un seul paysage, notre regard rebondit d’un morceau du paysage à un autre. Cet assemblage traduit bien le mouvement hasardeux de notre regard, qui se pose ici ou là, sans raison apparente (certaines vues se répètent, d’autres semblent quasiment se suivre, d’autres encore marquent une rupture).
Ce peut être aussi le mouvement de notre marche, dans la nature. Quoi qu’il en soit, l’effet est rythmé, vivant.

– On note, dans chaque dessin, des plages blanches, laissées en réserve. Elles pourraient suggérer la neige (je n’ai eu cependant cette impression là que dans un seul dessin, sur l’ensemble de toutes oeuvres, si bien que je pense que mon impression est erronée), ou bien, de façon souvent plus évidente, des flaques de lumières.
Toutefois il me semble que ces plages blanches permettent aussi, par contraste, de concentrer notre attention sur les détails représentés, en évitant de nous y noyer. En outre, lorsque certaines zones de l’espace sont dématérialisées, les autres en deviennent plus concrètes, plus denses, plus présentes.

– Remarquons d’ailleurs que ce blanc circule aussi à l’intérieur des motifs, comme de petits ruisseaux de lumière.

– Et enfin, ces zones blanches, si on les appréhende dans la totalité d’un assemblage des toiles, y dessinent un chemin, y introduisent une fluidité, ouvrant ainsi un espace de respiration dans le paysage.

Libre à vous de compléter cette description par vos propres remarques! Je viendrai les insérer ici.

Le commentaire de François, amateur d’art:

Mais qu’est ce que tu fabriques là mon pauvre Henri ? J’essaie de comprendre ce que l’artiste fabrique là, au sens familier de ce terme.
Imaginons un maniaque du dessin, parti se promener dans la nature avec son sac à dos rempli de petites toiles. Il s’installe sur une chaise pliante dans le premier endroit sympathique rencontré et se met à dessiner, comme il l’a toujours fait. Un premier dessin, puis un second en déplaçant sa chaise de quelques centimètres et ainsi de suite. Il dessine quasiment la même chose en appliquant sa virtuosité à ce qui est devant lui, sans choisir vraiment un sujet, juste représenter ce qui est là . Comme si tout pouvait faire l’objet de dessin. Comme pour nous dire que tout est digne d’attention (la pierre, le caillou, la racine, la branche morte).
La question du blanc laissé sur chaque toile est plus mystérieuse. C’est peut-être la façon que l’artiste a choisie pour affirmer son rôle dans la composition. Son dessin est quasiment du all-over. Il n’y a pas de volonté de composition dans le dessin lui-même (comme on le fait sur un tableau ou dessin classique avec un devant- un derrière, des formes qui se renvoient l’une à l’autre, un sujet principal- sujet annexe …) parce qu’il dessine juste ce qui est devant lui sans hiérarchie. C’est peut-être pour malmener le code du all-over qu’il laisse alors du blanc et il colle les 9 dessins l’un à l’autre?


Henri Cueco, Sols de sécheresse, 2011-2012, courtoisie Henri Cueco et galerie Louis Carré & Cie.
Partager :

Laisser un commentaire

Solve : *
11 + 4 =