Texte écrit pour le catalogue de l’exposition “Marjolaine Dégremont, topologie d’un espace intérieur”, Cloître des Billettes, Paris,  1er – 17 septembre 2018.

Marjolaine Dégremont fait affleurer le temps sur le sol du cloître des Billettes. Telle une image photographique apparue sous l’effet du révélateur, elle y a tracé des marques blanches : celles de l’endroit supposé où se trouvait, au XIIIe siècle, la maison du Juif Jonathas, conduit jusqu’en place de Grève sous le prétexte qu’il aurait profané une hostie. En réalité, deux époques fondatrices se superposent dans l’installation : celle des lieux et aussi celle de l’enfance de l’artiste.

Marjolaine Dégremont, dessin préparatoire, aquarelle sur papier 2018. Courtesy de l’artiste. 

Sous la surface des petits tableaux de plâtre qui s’alignent sur les murs du cloître, flottent en effet des empreintes de feuilles, plumes, gaufrettes : les bribes de l’univers personnel de l’artiste. On peut les assimiler à ces reliques qui jadis légitimaient la fondation d’une ville ou d’un édifice religieux. Le blanc domine, comme dans tout l’œuvre de Marjolaine Dégremont. Comme celle des masques mortuaires, la blancheur immortalise les choses tout en les inscrivant dans un monde qui se trouve de l’autre côté du voile.

Marjolaine Dégremont, dessin préparatoire, aquarelle sur papier, 2018. Courtesy de l’artiste.

En suspension au milieu de la cour, une maison de papier, blanche elle aussi, est le cœur intime du lieu. Comme décrite en filigrane dans l’espace, elle est la demeure de Jonathas. Elle symbolise aussi la Demeure, celle qui vit en chacun de nous. Inaccessible, aérienne, elle est l’enveloppe du secret : le lieu du mensonge qui a présidé à la construction de l’église des Billettes ; mais elle donne corps aussi au manque initial, ce vide d’où surgit la création.

Marjolaine Dégremont, dessin préparatoire, cloître des billettes, 2018. Courtesy de l’artiste.
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