Mathieu Cherkit peint, à peu près toujours, inlassablement, le même territoire. Celui de la maison familiale, dans laquelle il habite depuis l’enfance. Avec une matière dense, il en représente différents angles, saturés de couleurs et d’objets. 

Ce sont rarement des espaces rangés et silencieux, comme le sont les intérieurs hollandais du XVIIe siècle à la Peter de Hooch. Même si l’on n’y voit personne, ils sont parsemés de traces de vie éparpillées au sol, accrochées au mur, posées sur des angles de table ou de cheminée : bouteilles vides, fruits, jouets, chaussures, balais. 

La construction de l’espace, tout comme les meubles, y est un peu bancale, imprimant au lieu une forme de naïveté. Elle suggère que ce n’est pas un espace tout-à-fait objectif, mais d’abord un espace vécu.   

Mathieu Cherkit, Solar Office, 2018. Huile sur toile, 81 x 100 cm.
Courtesy de l’artiste et galerie Jean Brolly.

D’ailleurs, à y bien regarder, on n’y trouve pas seulement des objets courants, mais aussi d’étranges formes géométriques, posées au sol, comme celles qu’on voit par exemple dans la Mélancolie de Dürer, ou encore des pans de meubles ou de murs assimilables à de purs tableaux abstraits (ceux de Delaunay notamment), et parfois de claires références — à Malevitch ou à Holbein. 

Un lieu revient régulièrement, c’est l’escalier. Pivot de la maison, il est représenté selon des angles à chaque fois différents. Et les objets qui se déploient autour de lui ou sur les marches, les ornements du mur, les cadres qui y sont accrochés, ne sont jamais exactement les mêmes. Il joue ainsi le rôle d’une matrice qui, à chaque fois, distribue autrement la donne.

Mathieu Cherkit, Marche-pieds, 2018. Huile sur toile, 260 x 162 cm.
Courtesy de l’artiste et galerie Jean Brolly.

Cet escalier nous permet ainsi de mieux comprendre le double rôle de cette maison : à la fois espace d’émerveillement — puisque, métamorphosable à l’infini, elle prend, à bien des égards, un caractère enchanté — et espace d’expérimentation picturale. Ces deux aspects sont étroitement superposés. 

C’est dans cette maison, comme dans l’histoire de l’art, que s’enracine le regard de l’artiste. Elle est moins le sujet de sa peinture que son matériau, à partir duquel l’artiste recrée, à chaque fois, un nouveau prisme où jouent ensemble réel, imaginaire et mémoire.

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