Ce n’est pas la première fois que j’évoque les oeuvres de Michaël Schouflikir. Son exposition actuelle à la galerie Eva Hober me donne l’envie d’une nouvelle note à son sujet.
L’oeuvre de Michaël Schouflikir se signale d’emblée par son format miniature: on a pu voir depuis quelques années ses visions du monde contemporain réduites à la taille d’une maquette, visions poétiques, d’apparence naïve, mais à l’évidence critiques quand on les observe de près.

La dernière exposition de l’artiste révèle la diversification actuelle de ses pièces.

On y trouve notamment:
germinal
– de nouveau des petites maquettes, mais cette fois réalisées avec des matériaux précaires, visiblement de récupération. (Ici: Germinal)

metropolis

– des assemblages de bouts de bois, qui ne sont pas sans évoquer les collages de Kurt Schwitters et de Hans Arp de l’époque Dada, mais qui ici expriment une certaine vision de la ville moderne. (Ici: Metropolis)

nano

– D’autres assemblages dont le titre, parfois fondé sur un jeu de mots (ici: Nano) est sans équivoque quant à la portée critique du propos. Ce qui est intéressant d’ailleurs, dans l’oeuvre ci-contre, c’est qu’on peut la considérer soit à l’échelle 1 (auquel cas, le personnage a été réduit à une taille lilliputienne à force de se laisser engloutir par les circuits informatiques), soit comme la métaphore miniature d’une réalité à notre échelle d’humain.

sol-6

– Des collages, comparables à des origami, réalisés à l’aide de bouts de papiers froissés ou déchirés, dont on apprend qu’ils ont été, dans une vie antérieure, des tickets de métro ramassés ou bien encore des contraventions détournées.(Ici: Sol 6). Il manque encore (je n’ai pas d’image) les peintures faites sur des morceaux de bois assemblés – peintures d’apparence abstraite mais où l’on discernera des signes rappelant le configuration d’un parking ou un alignement d’immeubles.

Le communiqué de presse de l’exposition (signé par Marguerite Pilven, et qui n’est hélas plus accessible) explique très clairement la manière dont l’artiste récupère les débris de la vie contemporaine pour y insérer de la poésie, un souffle, un rythme coloré, au-delà même du regard critique qu’il porte sur elle.

Ce qui me plaît justement, c’est la fragilité de ces pièces. Leur taille réduite (elles ne dépassent pas les 10 cm par leur plus long côté) semble dire qu’elles ne tiennent qu’à un fil. Avant de dénoncer la dureté de la vie contemporaine, il me semble qu’elles montrent que cette vie ne résisterait pas au premier souffle un peu violent, pour peu, justement, qu’une multiplication d’oeuvres de cet ordre y mette quelque désordre. Parce qu’ils ont été recréés par l’artiste en objet miniature, les restes et les débris naguère épars qui les constituent démontrent le potentiel de renouveau qu’ils contiennent.
J’ai envie d’imaginer l’envol de centaines d’origami comme ceux de Michaël Schouflikir – et les perturbations inattendues que cela produirait.

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