Article paru dans la revue artpress, à propos de l’exposition “Peter Klasen”, au Centre d’art contemporain de Meymac, 2007.

 

Le Centre d’art contemporain de Meymac fait peu parler de lui. On lui doit pourtant de belles expositions, pour certaines en avance sur les modes — telle, en 2000, l’exposition de Julian Opie, artiste qui récemment faisait fureur à la foire de Bâle —, des expositions engagées aussi, comme, l’an passé, « (…) et le canard était toujours vivant », qui rassemblait une quarantaine de peintres de tous horizons.

Cet été, les grands espaces du Centre sont consacrés à une rétrospective de l’œuvre de Peter Klasen. Les étapes de l’œuvre de l’artiste allemand sont représentées par un choix de pièces rigoureux et par un accrochage qui fait ressortir les thèmes et les inventions formelles avec lesquels s’est bâti son travail.

Dans les premières salles on redécouvre les peintures des années 1960, dans lesquelles différents motifs se juxtaposent : jambes ou lèvres de femmes, cigarettes, voiture, seringue. Des formes géométriques et des bandes en aplat, analogues aux signalisations qui ponctuent le paysage contemporain, ménagent des liaisons entre les images. Chaque composition fonctionne par associations d’idées, offrant la vision fragmentée d’un univers irrésistiblement attirant mais régi par des lois mortifères. Réalisées selon un procédé de projection de l’image par diapositive, de calques, puis de pose de la couleur à l’aérographe, les œuvres ont la froideur que confère leur exécution mécanique, avivée encore par la dominante de gris métallisé. La facture photographique suscite, entre l’œuvre et le spectateur, un rapport qui oscille entre la distance intellectuelle et la séduction.

Il en va de même pour la période suivante, celle des arrières de camion, des portes d’usine, des grilles de pénitenciers, dont les lignes orthogonales quadrillent la surface avec un implacable précision. L’artiste, en réduisant aux deux dimensions de la toile certains éléments visuels de la société, en révèle l’inhumanité. Cependant, l’ajout de détails réalistes confèrent une exactitude hypnotique à ces œuvres qui, en dépit de la visée dénonciatrice du propos, plaisent par leur apparence très nette et très léchée.

D’autres œuvres des années 1970 utilisent le collage d’objets (néons, compteurs électriques), allant jusqu’à se présenter comme des installations. Les peintures les plus récentes, quant à elles, font directement référence au cinéma dont elles citent des plans, accusant ainsi ce que, auparavant, elles possédaient déjà de pouvoir attractif. La rétrospective se clôt sur des photographies. Celles-ci reprennent les motifs utilisés dans les peintures sans posséder l’efficacité que provoque l’adéquation entre l’hyperréalisme des représentations et la mise en valeur quasiment analytique des éléments de la peinture (aplats de couleurs, lignes orthogonales, géométrie).

La grande majorité des œuvres appartient à des collections privées, certaines à des collections publiques (MNAM, FNAC, Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg). Les provenances révèlent la fortune d’une œuvre qui, tout en dévoilant certaine violence de la société de consommation, adhère à son pouvoir de fascination, entraînant le spectateur à sa suite.

Anne Malherbe

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