Texte de présentation écrit pour accompagner l’exposition des œuvres de Pierre Monestier, ” Passages fantasques “, galerie Detais (Paris) du 4 au 27 octobre 2018.

Regarder un dessin ou une peinture de Pierre Monestier, c’est entrer dans un monde où la forme est reine. On serait d’abord tenté de poser mille questions sur la narration supposée des images, sur le sens de chaque motif ou sur ce qui peut pousser un peintre à élaborer des compositions aussi singulières. Cependant, on doit considérer avant tout ceci : la façon dont les formes s’imbriquent, se prolongent les unes les autres, s’engendrent mutuellement.

Pierre Monestier, Les Bellicistes, 2010.
Huile sur toile, 35 x 27 cm.
Courtesy galerie Detais, Paris.

Chaque composition a en effet sa logique, qui est autant celle de la forme que celle du sens. Ainsi, parmi d’autres : percer une tête de trous ou lui greffer une série de têtes identiques ; transformer des branches en autant d’hommes hérissés de couteaux ; faire d’une lutte corps à corps une empoignade entre deux mains ; laisser émerger, en place de la tête, un buste entier qui fouette le corps dont il est issu.
Au sujet de telles compositions, on pourrait échafauder des hypothèses psychologisantes (la dernière évoquerait l’auto-flagellation, la précédente serait l’illustration de l’expression « s’empoigner »). Mais aucune n’aurait la densité des formes elles-mêmes.

Pierre Monestier, Occupation, 2015.
Huile sur toile, 100 x 80 cm. 
Courtesy galerie Detais, Paris. 

Car dans ces motifs se jouent des questions plastiques cruciales : quelles possibilités formelles une tête offre-t-elle ; comme deux motifs distincts peuvent-ils s’hybrider au point d’offrir une nouvelle figure parfaitement viable ; de quelles façons deux corps humains sont-ils susceptibles de s’enlacer. Et quels espaces leur offrir pour qu’ils se mettent à exister.
Les grands inventeurs de formes nourrissent le travail de Pierre Monestier : Brauner, Magritte, Picasso, Topor, parmi d’autres. Et, comme chez ces maîtres, c’est l’invention sans limites et la forme mouvante qui font s’élever les interrogations sur la nature de l’être humain.

Pierre Monestier, Masque d’initiation, 2013. Huile sur toile, 130 x 195 cm.   
Courtesy galerie Detais, Paris. 

De fait, les compositions voient aussi vivre en elles des symboles venus de loin : le chat Bastet, la Sirène au corps d’oiseau, le Minotaure, le Diable aux cornes de bouc ou encore, parmi d’autres, l’homme à tête de cerf. Ces figures récurrentes d’œuvre en œuvre, ces « passants » qui évoluent d’un espace à une autre et en sont les piliers, nous sont terriblement familiers. Nous nous attendions presque à les rencontrer.
Comme si, de cette terre modelée dont semblent faites les peintures de Pierre Monestier, ne pouvaient surgir que les symboles ancestraux qui chiffrent l’être humain.

Pierre Monestier, Le Bain 1, 2010. Acrylique sur papier, 41 x 59 cm.
Courtesy galerie Detais, Paris. 

Cet univers si cohérent se délivre en séries, peintes ou dessinées. Celles-ci exploitent un motif ou une invention formelle (métonymies, métaphores, hybridations, agencement des espaces, etc.) et, tout à la fois, créent un grimoire vivant dont les références doivent être également trouvées dans les arts premiers ou les cultures ésotériques.
Cette mise en abyme des formes ouvre les possibilités du sens, tout en servant la beauté des figures, la rondeur parfaite et lisse de leur modelé. Tel le démiurge, le peintre les crée à partir de cette glaise que constitue l’inconscient de l’histoire humaine. Et si elles semblent inquiétantes, leur perfection formelle met à distance l’angoisse de l’homme qui se regarde lui-même.

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