Damien Cabanes, Paysage, 2014, gouache sur papier, 114 x 336 cm. Courtesy galerie Éric Dupont, Paris.

Quelle que soit la peinture de Damien Cabanes que je considère, je la trouve belle.
Regardons d’abord les œuvres de l’artiste parmi celles de ses pairs. Certains ont besoin d’utiliser des techniques spéciales (la cire), d’aller chercher des effets compliqués (par exemple en présentant des détails de tableaux du Louvre à travers des effets de tourbe) ou de surajouter des motifs étranges à une composition qui ne le justifie pas (vu tout récemment, un motif géométrique métallisé sur la représentation d’ailleurs plutôt réussie d’une réserve de musée) (les musées étant décidément à la mode) dans l’idée de trouver un truc perso qui les différencie du voisin. Damien Cabanes, lui, ne s’embarrasse de rien. Ses sujets sont simples: ce sont les personnes autour de lui ou le paysage urbain qui s’étale devant son atelier. Ses compositions ne recherchent pas le signe distinctif à tout prix. Cela n’empêche pas cette peinture d’être singulière.
Si la longue histoire de la peinture et l’abondance des images encombrent beaucoup de peintres d’aujourd’hui, lui-même ne paraît pas se poser la question de savoir comment faire de la peinture figurative contemporaine. Ses influences dans l’histoire de la peinture sont claires. Comme tout artiste il appartient à une lignée. Pourtant il lui est inutile de citer explicitement ses sources (sous forme de collage par exemple) pour les justifier. Il ne se sent pas non plus obligé, d’ailleurs, d’aller rechercher des images sur Internet sous prétexte que le monde contemporain en est submergé. Les influences de sa peinture sont intégrées dans un travail qui est irréductiblement le sien.
Les figures qu’il représente (que ce soit en peinture mais aussi en sculpture) sont façonnées par les sentiments et les émotions que le peintre perçoit en eux et qui leur confèrent un poids et une présence particuliers. Cela n’a rien de révolutionnaire. Rien, pourtant, n’est plus fort ni plus humain. D’une série d’œuvres à une autre, la peinture semble portée par l’attention qu’il porte au monde proche de lui et qu’il exprime avec beaucoup d’humilité. Cette simplicité n’empêche pas que je puisse éprouver devant certaines œuvres un sentiment d’étrangeté, comme si je faisais connaissance avec des personnes très différentes de moi-même.
Damien Cabanes a fait évoluer sa peinture de l’abstraction à la figuration.  Dans les peintures abstraites il y a une évidente joie de faire vivre les couleurs et de pétrir la lumière avec. C’est ce même plaisir que l’artiste a mis ensuite au service de la représentation des êtres. Il sait exactement pourquoi il pose un rouge ici ou bleu là : c’est ce qui rendra son sujet plus visible. Il sait parfaitement bien faire sourdre la lumière de l’intérieur des choses. Il sait disposer les figures dans l’espace de telle sorte qu’elles nous apparaissent bancales, gracieuses, touchantes.
Je n’ai jamais aucun doute devant la peinture de Damien Cabanes. Je ne me demande pas pourquoi il serait allé chercher tel sujet tarabiscoté ou venu de nulle part, et tel effet arbitraire (faux pixels, assemblages néo-surréalistes). La relation entre les moyens utilisés et le résultat obtenu sonne simplement  juste. Ce qui fait la force de la peinture de Damien Cabanes, et qu’on trouve si rarement ailleurs, c’est justement le fait qu’au lieu de rechercher la singularité ou la distinction, il assume la simplicité de son but  — dépeindre le monde qui l’entoure, avec ses émotions, sa lumière, ses ombres — et de s’apercevoir qu’en servant ce but là, sa peinture, en retour, s’en trouve glorifiée.

Les dernières œuvres de Damien Cabanes ont été exposées en mai à la galerie Éric Dupont.
Damien Cabanes, Deux femmes sur fond gris, 2014, huile sur toile, 130 x 220 cm. Courtesy galerie Éric Dupont, Paris.
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Cet article a 4 commentaires

  1. Objectif réussi, on veut en voir plus, et cette simplicité, se retrouve dans les mots que tu utilises pour décrire ses œuvres et son travail

    Une belle déclaration d’appréciation.

  2. On trouve dans les peintures de cet artiste, une fraicheur qui fait penser aux gouaches de Mathurin Méheut.

  3. Cabanes est génial,on nous le répète depuis trente ans,mais il faut bien voir qu’il est un peintre d’instinct(il se rattache à la tradition des artistes de l’art brut)et que son travail se résout, en général,dans l’élaboration d’un geste nerveux et épileptique,ce qui fonctionne bien avec les peintures à l’eau,à la gouache,qui leur donne la grâce de l’ébauche,de la pochade mais qui se prête mal à la tentative qu’il fait du métier de la peinture à l’huile.

  4. Anne,je suis en tout point d’accord avec vos propos au sujet de la peinture de Damien Cabanes d’une part, et au sujet de votre critique des “trucs” de nombreux peintres contemporains d’autre part,qui tentent de se faire remarquer par des effets ou bizarreries au lieu d’exprimer franchement au moyen de la peinture pure, les émotions qu’offre la vie.

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