Il y a les jours où ça ne veut pas. Où j’ai beau faire, je n’arrive pas à ressentir. Telle oeuvre, telle expo, me laisse de marbre. Pourtant, je vois bien qu’il se passe quelque chose en face de moi. Mais c’est comme s’il me manquait le lien. Et parfois, cela peut durer quelques temps…

Que fais-je dans ces cas-là?

– J’écoute les gens, autour de moi.
Je m’entoure de personnes qui ont différents regards sur l’art, et surtout différent du mien : des artistes, des néophytes, des amateurs, des enfants. J’écoute aussi volontiers les commentaires des autres visiteurs. A la fin, il y a toujours quelqu’un qui, sans le vouloir, me donne un clé. Et là, je peux commencer à faire mon chemin.

–  J’accepte de changer d’avis sur une oeuvre.
Quand je suis dans un état de “je ne ressens rien”, alors ma réaction spontanée pourrait être de considérer ce que je regarde comme sans intérêt. Peut-être, effectivement, que je n’ai aucun atome crochu avec les oeuvres concernées. Mais peut-être que j’en ai et que je ne suis simplement pas prête à les ressentir. Alors je me dis : “bon, là, je ne ressens rien ; très bien; mais je reste disposée à changer d’avis”. En général, au bout d’un moment, la glace se brise.

– Je bâille!
Quand je baille dans une exposition (ou un musée, ou un atelier), je préviens les autres autour de moi. Ce n’est pas que je m’ennuie, mais que je me détends! Et tout à coup, les sensations affluent. Si je bâille tout de suite et spontanément, c’est un très bon critère. Je me dis “tiens, cette expo a un effet calmant sur moi, c’est que quelque chose se passe”!

– Je me raccroche aux détails concrets.
En général, quand je ne ressens rien, c’est que ma tête, trop pleine, barre l’accès aux sensations. Je fonce directement vers l’interprétation de l’oeuvre et j’en perds la substance. Le moyen de sortir de cela, pour moi, est de faire comme si je décrivais l’oeuvre à un enfant.
Je me dis: ” tiens, là, il y a du rouge; là je remarque telle forme, là il y a un personnage qui fait ceci ou cela “, je m’accroche à des sensations très simples et à une description basique. Ma tête se calme alors et j’entre plus facilement dans l’oeuvre.
(NB: je fais à peu près la même chose dans les concerts de musique classique, quand mon esprit commence à vagabonder : je me raccroche au timbre des instruments ou au rythme des basses).

– Je n’abandonne pas.
A moins d’être sûre que rien ne pourra me faire  apprécier ce que je vois, je reste jusqu’à ce que le déclic se fasse. Je ne précipite rien. Je reste patiente. Au bout d’un moment, à force de poser mon regard, il y a ce léger détail, dans une oeuvre, qui me parlera et me fera m’engouffrer dans l’oeuvre toute entière; dès lors, je pourrai revoir d’un oeil neuf tout le reste de l’exposition.
Quand je passe par ce chemin là, l’exposition est finalement plus passionnante que si je l’avais appréhendée du premier coup.

Demain commence “Drawing Now“, le salon du dessin contemporain, et je sais que, face à l’abondance des oeuvres présentées, ces petits trucs vont m’être bien utiles!

 

(Image à la une: Clément Bagot, Aéronef, 2008)

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Cet article a 4 commentaires

  1. intéressante approche, j’avoue que je n’ai pas cette pédagogie avec les œuvres, ça parle ou pas…mais c’est vrai que c’est souvent parce que je ne m’arrête pas, dès que je prends le temps ça vient forcément me toucher quelque part dans un détail, une couleur, une ambiance

  2. Merci pour ton commentaire, Hadda.
    Oui, l’idée c’est peut-être d’aller au-delà de la zone de confort immédiate de notre ressenti!

  3. J’aime beaucoup l’idée de se poser et d’essayer d’établir un lien même quand ça ne vient pas… merci pour la technique !
    Bon, le plus difficile c’est dans les expos avec un monde fou…

  4. Bienvenue ici, mademoiselle Parisienne!
    Oui, en effet, c’est plus compliqué dans les expos où il y a foule … En même temps, comme c’est quasiment impossible de tout bien voir, c’est parfois l’occasion de s’accrocher à des détails qui ensuite nous marquent profondément.

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