C’était un mercredi, “jour des enfants”, et donc je n’avais pas spécialement prévu de me rendre à un vernissage. Et puis finalement, sur les coups de 18 heures, j’emporte mon fils sous mon bras et nous nous rendons au 6 Mandel, où s’ouvrait (et se tient toujours) une exposition d’estampes, organisée par la galerie-nomade Nathalie Béreau, et dont je connaissais déjà deux artistes. En général, lorsque j’assiste à un vernissage, je me prépare un minimum: je m’apprête un brin, (je prévois la baby-sitter), je me conditionne, en somme. Là, c’était totalement à l’arrache (à savoir, dépenaillée, encombrée d’une poussette et trempée par la pluie). Et finalement, ce n’était pas si mal, car l’effet de surprise des oeuvres sur moi était d’autant plus fort.

Même si je les connaissais déjà (et les avais même exposés), j’ai retrouvé avec beaucoup de joie les Uummat de Muriel Moreau, coeurs chauds et palpitants (“uummat” signifie “coeur”, en Inuit), mélange de gravure (ce qui est gravé, ce sont les fines veines qui circulent au centre de la page et en constituent la trame) et d’aquarelle (le rose-rouge qui se diffuse d’une veinule à l’autre, et la chair même de l’organe). Ce ne sont d’ailleurs plus tout-à-fait des coeurs, mais déjà une boule d’énergie, entre le feu et l’eau, prête à diffuser.

Il y avait aussi cette autre gravure récente, bruissante de vie, Sous la peau d’un cerf, qui allie matière organique et végétale.

J’ai été très touchée par les gravures de l’artiste Christine Patry-Morel (qui semble plutôt connue comme illustratrice).  Une découverte pour moi que ces compositions qui ressemblent à la fois à des planches de traités de médecine et à des ex-voto. D’une manière très délicate, elle fait revivre le corps malade par les plantes, nous faisant intimement pénétrer dans leur pouvoir guérisseur. — On peut voir ici quelques autres travaux d’elle, qui produisent un effet similaire.

Une autre artiste, Caroline Bouyer, dont les gravures portent une angoisse qui, de façon très personnelle, me met mal à l’aise. Cependant, j’ai vu sur son site qu’elle faisait aussi des vues de Paris : plus exactement, des zones de démolitions, de chantiers, ou à moitié abandonnées, ancrées dans une belle matière noire et blanche très dense.

Je ne m’attarderai pas cette fois sur les gravures de Valérie Belmokhtar, puisque j’en ai déjà parlé (ici). Enfin, j’ai quand même envie de redire combien j’apprécie la délicatesse de ces dessins, et leurs couleurs de vitrail qui lasse passer une douce lumière.

Et puis, deux autres artistes, qui possèdent d’indéniables qualités mais dont je me trouve moins proches — peut-être parce que j’y sens beaucoup de fantaisie plaisante à regarder, mais moins d’émotion :  Atsuko Ishii et Arnaud Laval. En même temps, en écrivant ces lignes, je me sens un peu injuste. Car il y a dans la façon dont Atsuko Ishii dessine des toutes jeunes filles un côté léger, malicieux, délicatement érotique qui est très réussi. Et allant sur son site d’Arnaud Laval, je me rends compte qu’il y a tout un univers à explorer — encore faut-il que j’en prenne le temps.

Un joli ensemble d’estampes, rassemblées dans un écrin.

(images: courtoisie des artistes et galerie Nathalie Bereau, 2013. Cliquer dessus pour les agrandir)

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Cet article a 1 commentaire

  1. très organique, sanguine ces estampes j’aime beaucoup

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