Comment travaille un galeriste? Quel est son rôle? Aujourd’hui, nous avons le plaisir de rencontrer le galeriste Sam Dukan, qui nous explique quelques rouages de son métier.

Quelle est l’histoire de la galerie ?

J’ai créé la galerie Dukan et Hourdequin en 2006 à Marseille, avec mon ami et associé Marc Hourdequin. De 2006 à 2011, nous avons promu des artistes contemporains qui nous plaisaient, à titre personnel, sans effet de mode et sans chercher spécialement à avoir des antennes dans le milieu de l’art.

Dès 2010, nous avons compris qu’on ne pouvait pas exister en province, à Marseille en tout cas, de cette façon. Nos expositions n’avaient aucune visibilité. Seuls venaient les habitants du quartier et, à la fin, nous n’ouvrions plus la galerie que pour les vernissages.

Tandis qu’il y avait encore, parmi nos artistes, Iris Levasseur, Duncan Wylie, Georgia Russell, Emmanuel Barcilon, Raul Illaramendi, nous avons vu que si nous voulions continuer à les promouvoir, rester à Marseille n’était pas une solution.

Malheureusement, au moment où nous avons décidé de déménager, les artistes qui nous tiraient vers le haut (économiquement, et pour la notoriété de la galerie) sont partis : Duncan, Georgia, Iris, Raul, entre autres. Nous, nous avions fait notre business plan en comptant avec eux (même si Duncan Wylie et Iris Levasseur nous avaient averti de leur départ probable).

La première année à Paris a donc été très difficile. Malgré le fait qu’on ait déjà travaillé sur un réseau parisien, le départ de ces artistes ne nous a pas facilité la rencontre avec les collectionneurs. C’est en partie pourquoi Marc a préféré jeter l’éponge. En 2012, soutenue par quelques collectionneurs, la galerie a donc changé de nom, en devenant galerie Dukan, même si Marc apporte encore son aide précieuse.

Et puis, depuis un an, j’ai ouvert une deuxième galerie en Allemagne, à Leipzig.

Pourquoi Leipzig ?

Le choix de Leipzig vient de mon attirance particulière pour la peinture. Quand j’ai eu la chance d’être invité par la Spinnerei, cet ancien site industriel où se regroupent de nombreuses galeries et un grand nombre d’artistes, avec cette fameuse « école de Leipzig », et que je me suis rendu compte de ce que c’était in situ, j’ai ardemment voulu y être. C’est donc ce que j’ai fait. Et j’en suis ravi.

Malheureusement en janvier 2014, la presse française n’a pas relayé cette ouverture inédite d’une galerie française à Leipzig. Mais, c’est chose faite aujourd’hui, avec un article dans le Figaro écrit par Valérie Duponchelle à l’occasion de l’exposition de Ronan Barrot.

En effet, pour fêter les un an de la galerie à Leipzig, nous allons inaugurer une exposition de peintures de Ronan Barrot en association avec la galerie Claude Bernard et, à cette occasion, nous ouvrirons les portes de quatre ateliers d’artistes de l’école de Leipzig, que les collectionneurs français sont contents de pouvoir les rencontrer.

Comment choisissez-vous les artistes ?

Ce sont des rencontres, qui sont plus ou moins étonnantes et inattendues. L’artiste que nous allons présenter à Volta Bâle est un collectionneur : au départ, je ne savais pas qu’il était artiste ! Il collectionne beaucoup et, un jour, il m’a dit : « Sam, je peins aussi. » Il a pourtant mis beaucoup de temps avant de me montrer des images. Ce qu’il a fini par faire sur mon insistance. Et, ce jour-là, j’ai été très surpris ! J’ai même été sidéré par ce que j’ai vu dans son atelier.

Je vais donc insérer d’abord une ou deux œuvres de cet artiste dans une exposition collective qui commencera à la galerie le 15 janvier, et si je suis sélectionné à Volta Bâle, je le présenterai en solo show. Il s’appelle Dimitri Horta. Son travail est indatable, un peu surréaliste, ésotérique.

Alexander Tinei, le dernier à être rentré dans la galerie, je suis tombé dessus en faisant des recherches sur Internet. Quant à Rosa Maria Unda Souki, il y a deux ans, Marc m’incitait déjà à regarder son travail. Elle avait eu un article dans la revue art press. Mais elle habitait au Venezuela : je ne savais pas comment la rencontrer. Donc, le temps passe et, un jour, je contacte le Centre culturel tchèque pour préparer la seconde exposition de Josef Bolf qui aura lieu en mars 2016. Quand Michael Pospisil (Responsable du Centre Culturel Tchèque à Paris) arrive à la galerie, nous discutons de l’expo, puis, à la fin, il me dit : « Je vais te présenter une artiste qui est aussi une amie… » C’était Rosa … ! Elle était sans galerie. Nous avons programmé une expo pour le mois de septembre 2015

Quel est, selon vous, le collectionneur idéal ?

Ce qui est extraordinaire pour moi c’est l’univers du collectionneur. C’est aussi un collectionneur qui serait capable de faire passer son émotion à d’autres collectionneurs. Par exemple, un collectionneur qui me dit « j’adore le travail d’Olivier Masmonteil, j’en ai parlé autour de moi et j’ai convaincu des amis collectionneurs d’aller voir ses peintures », alors, pour moi, c’est l’idéal. C’est un collectionneur actif, qui soutient le travail des artistes.

Que manque-t-il au marché de l’art français pour se développer ?

Sur dix-huit artistes, je n’en ai que deux à être français et vivant en France. Je me pose cette question tous les jours avec ces deux artistes : que manque-t-il pour eux ? Une visibilité internationale. Quand on regarde les quelques artistes français qui, âgés de cinquante ou soixante ans, ont une visibilité à l’étranger encore aujourd’hui, on se rend compte que, jusqu’à l’âge de quarante ans, ils ont accumulé des expositions plus ou moins réussies dans des lieux plus ou moins prestigieux. Et, à un moment donné, il y a eu une bascule à l’étranger. Et quand cela a pris à l’étranger, alors il y a eu une notoriété qui est revenue en boomerang en France. Selon moi, ce qui manque le plus, c’est justement ce que j’essaye de faire avec la galerie que j’ai ouverte à Leipzig : sortir les artistes français des frontières du pays. Car trouver des galeries étrangères qui veulent exposer de l’art français, ce n’est pas une chose simple.

Les artistes français ont ils mauvaise presse à l’étranger ?

En fait, si l’on interroge des artistes étrangers, ils ne sont pas capables de citer des artistes français. Ceux-ci ne sont pas identifiés. C’est pourquoi j’expose Olivier Masmonteil à Leipzig en mai, ou encore Ronan Barrot en janvier. J’entends souvent dire qu’un collectionneur français préfère mettre vingt-mille euros dans un artiste étranger plutôt que dans un artiste français. Sans aller jusqu’au chinois où il est écrit noir sur blanc dans leur constitution qu’ils doivent soutenir l’art qui est créé sur leur sol, il serait bien venu que les français soutiennent les artistes français…

Cela arrive aussi heureusement des fois. Par exemple, ce qui me fait plaisir avec l’exposition de Ronan Barrot à Leipzig, c’est que plusieurs collectionneurs français vont faire le déplacement pour le vernissage, et cela aura sûrement un impact sur les collectionneurs allemands. Donc, affaire à suivre…

Image:
Exposition Folkert de Jong, galerie Dukan, Paris, 2014.

Site de la galerie

Partager :

Laisser un commentaire

Solve : *
42 ⁄ 21 =