Souvent je rêve ma vie au lieu de la vivre. Certes pas toujours. Mais parfois quand même.

C’est pourquoi j’aime l’art. Parce que l’art n’est pas comme moi. L’art donne une forme visible à ce qui n’existe pas encore. Il matérialise les rêves et les secrets, il donne une forme concrète aux fantasmes, il rend sensible tout ce qui était encore de l’ordre de l’invisible, il fait exister ce à quoi on ne croyait même pas pouvoir penser. Tout cela, il le donne à goûter, à sentir, à explorer par tous les pores de la peau. J’aime l’art parce qu’il ancre dans la matière tout ce qui était encore à l’état virtuel.

Mais quand, pour me tirer de mes rêveries, je vais me confronter à l’art, je m’aperçois que finalement, hélas, lui aussi est souvent comme moi. Il se rêve au lieu de se faire.

Je m’explique.

Il y a des oeuvres pour lesquelles il faut faire un effort: des morceaux d’images, un rassemblement d’éléments épars, des objets plus ou moins insignifiants. Il faut essayer de comprendre, d’entrer dans leur propos.
Je veux bien faire un effort. Après tout, c’est mon métier.
Alors, je lis le texte qui accompagne l’oeuvre. Et parfois (oui, parfois, cela arrive!), ce texte est vraiment agréable à lire. On y sent en germe quelque chose de fécond.

Et puis je regarde de nouveau l’oeuvre, et je me dis: tout ça pour ça? l’idée était lumineuse, l’intuition fulgurante, l’intention, pleine de promesses.
Mais ce qu’il reste à voir, c’est quelque chose comme: une vieille photo épinglée au mur, flanquée d’un graphique compliqué, le tout plongé dans une ambiance sonore composée de deux notes.

Alors du coup je retourne à ma rêverie, et j’essaie d’imaginer l’oeuvre que j’aurais aimé voir à la place.
J’aimerais un jour écrire le livre des oeuvres qui se sont perdues en cours de route, entre le monde virtuel et le monde concret. (Il y en aurait au moins pour quelques volumes).

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