Sylvain Ciavaldini fait partie de ces dessinateurs dont le travail est incroyablement précis et patient. Partant de photographies trouvées sur Internet, il les reproduit à l’encre, sur papier, dans des formats très variables et avec un luxe virtuose de détails.

Courtesy Sylvain Ciavaldini et galerie Sator, Paris.

Cette fois, le sujet en est la ruine : immeubles éventrés, ruines industrielles, tas de gravas. Ces ruines peuvent être le produit de guerres, de cataclysmes, de bouleversements sociaux. Rien ne l’indique. En tout cas, en raison de leur profusion visuelle, on pourrait imaginer que l’artiste s’est simplement emparé d’impressions déjà toutes faites. Il n’en est rien. Dessiner la ruine, sans l’aide de quelque procédé mécanique que ce soit, implique une immersion dans le dessin dont l’artiste a besoin pour pouvoir ensuite s’en échapper. 

Courtesy Sylvain Ciavaldini et galerie Sator, Paris.

Car, contrairement à beaucoup de dessinateurs adeptes d’un réalisme exacerbé, Sylvain Ciavaldini n’en reste pas à ce stade. Un autre espace s’ouvre en effet dans la composition: celui de la bi-dimensionalité. Il s’exprime sous l’apparence de formes géométriques blanches laissées en réserves, de bandes qui zigzaguent entre les décombres, voire d’aplats colorés placés sur les murs comme un insolite papier peint. 

Courtesy Sylvain Ciavaldini et galerie Sator, Paris.

Cette ouverture ramène le spectateur, trop absorbé par la fascinante abondance du dessin, à la réalité du plan, à la condition matérielle de l’image. Entre ces deux aspects du dessin se produit un frottement : entre la tentation de la plongée dans l’illusion visuelle et celle du minimalisme vivifiant de la géométrie. Ainsi, entre les ruines, un appel d’air a lieu, qui crée aussi, pour notre regard, les conditions de sa libération. 

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